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a renommée des courses landaises n’est plus à faire. Elles contribuent largement comme marqueur fort à l'impact touristique de notre région. Le pays d’Orthe n’a pas échappé au développement et à l’implantation de cette tradition (relativement récente). Nous n’en ferons pas ici ni un historique exhaustif, ni une étude détaillée. D’autres, bien plus avertis, s’en chargent de belle manière et vous trouverez les liens vers leurs sites en fin de cette page. Nous nous contenterons pour notre part de ne porter ici que les informations qui concernent directement le pays d’Orthe.

Nous avons cru bon d'y placer aussi un conte de Jean Rameau, en plein dans le sujet, et aussi un texte de Joseph de Pesquidoux puis de Pierre Aymard.


Rappel : la plupart des images de cette page, comme du site en général, sont agrandissables par simple clic dessus.


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Si l'illustration ci-contre, de ce chromo du début du XXe siècle, comme celle (ci-dessous) des années 50, souffrent de quelques approximations qui démontrent que les graphistes n'ont connu de cette pratique pourtant fort répandue dans nos contrées depuis au moins un siècle, que ce que des yeux non avertis ont bien voulu lui retransmettre, nous pourrons en retenir la définition pour ouvrir cette page : "Les courses de taureaux données dans les landes différent des courses espagnoles en ce qu'elles sont plutôt un jeu qu'un combat. Là, point de chevaux éventrés, ni de taureaux tués. Ces courses ne sont qu'adresse et agilité."

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Courses de bœufs, de taureaux, puis de vaches

La toute première course à Peyrehorade est mentionnée le 2 septembre 1775 : “On veut faire courir un bœuf avant de le tuer pour la boucherie.” Opposition de la municipalité. Le 26 janvier 1793, celle-ci n’hésite pas à demander à l’autorité supérieure que sont les représentants de la Convention au district de Dax, de “pouvoir faire courir un bœuf - acheté par nos jeunes administrés - dans la basse cour du château."

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Simples jeux d’adresse ou naissance d’une tradition ? En ce tout début du XIXe siècle, les “taureaux” entrent en lices, pour la première fois chez nous, en juin 1804. Chaque fête impériale a ses courses, au moins deux. Pour fêter la naissance du Roi de Rome, fils de Napoléon, en 1811, “on a encore lâché les taureaux qui par leur méchanceté et leur audace, ont charmé les spectateurs.”

 

Pour l’avènement de Louis XVIII, en 1814, après le Te Deum et la procession, on considère que les courses sont “des jeux innocents”. Et en 1825, pour la Saint Charles ( Charles X est le nouveau roi, et le dernier) , toute la nuit du 4 novembre, "on fera courir de jeunes taureaux, sur la place destinée à cet effet, où on a dressé des théâtres tout autour”. Traduisons : des gradins, une arène.

Cent ans plus tard, en 1913, le maire de Peyrehorade adresse aux pouvoirs publics un plaidoyer pour le maintien des traditions. Avec insistance, il demande “de maintenir et de respecter les usages locaux qui n’ont rien de contraire à la liberté de chacun, à la morale et à la tranquillité publique […] de conserver les courses de toutes les communes où elles ont été en usage jusqu’ici […] usage déterminé par la présence d’arènes ou d’amphithéâtres sur le territoire de la commune […] On considère que la boxe, les combats de coqs, les tirs aux pigeons, la chasse à courre, les courses de chevaux sont des pratiques courantes et on ne les a pas supprimées […] Certains sont un spectacle plus barbare, et ils comportent tous des mauvais traitements pour les hommes et les animaux”. Il faut comprendre, c’est évident, qu’il n’était point question de mises à mort et que ce qu’on appelait alors “courses de taureaux” s’apparentait plus à nos courses landaises.
Et le maire ajoute : “Si nous voulons des courses, il nous faudra nous affilier à la Fédération Taurine du Sud Ouest.” Il faut rappeler qu’un Arrêté préfectoral du 12 septembre 1911 interdit provisoirement les courses landaises pour lutter contre la dissémination de la fièvre aphteuse dans le département.

 

Texte que l'on retrouvera dans "Peyrehorade en pays d'Orthe" - Éd. Atlantica, 2000

 

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La Course landaise source de confusion dans les documents

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Mélange des genres…

En 1909, vues de Paris dans la "Sport Universel Illustré", les courses landaises et camarguaises seraient de fort proches parentes. Même si cela n'est pas tout à fait faux, les subtilités qui les différencient sont ici bien souvent ignorées… Mais cette façon de voir depuis la capitale ne perdure-t-elle pas souvent encore aujourd'hui ?

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Le premier saut périlleux à Peyrehorade, en 1886

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Peut-être tira-t-il son titre de gloire coursayre du fait que pour se donner encore plus de liberté dans la pratique du saut, il avait opté de ne conserver à ses pieds que ce chausson de basane que l’on porte habituellement pour adoucir quelque peu  la rudesse des sabots et qui porte le nom de kroumir, d'origine maghrébine ? (1) Toujours est-il que Charles Dunau qui possédait déjà une solide réputation en tant que “feinteur” (écarteur), devint “Kroumir”, le premier dans l’histoire de la course landaise à tenter - et réussir - un saut périlleux face à notre diable de vache landaise - en l’occurrence, un taureau répondant au petit nom charmant de “Mazzantini”, de la ganaderia Lagardère de Dax. Tentée pour surpasser le sauteur vedette de l’époque, Paul Daverat, cette figure devenue aujourd’hui un classique, lui valut une ovation qui fit vibrer longtemps les arènes de Peyrehorade. Car c’était bien dans notre chef-lieu de canton que s’accomplit cette “première”. Cela se passait le 3 août 1886.

(1) Joseph Soussial, cordonnier à Miramont de Guyenne ( Lot et Garonne) est déporté en Algérie, en 1852, pour s’être révolté contre Louis Napoléon Bonaparte. Gracié et de retour “au pays”, il se lance dans la fabrication de chaussons en basane de peau de mouton à la manière des babouches dont il a étudié la fabrication lors de son exil. Destinés à remplacer paille et foin dans les sabots, ces chaussons souples qu’il baptise “Kroumir” du nom de la région où il a été retenu en Algérie, connaissent un succès qui ne va pas faiblir, et asseoient la prospérité et la renommée de Miramont.


D’après les recherches de Patricia PATIÈS CASSOL

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Feu les arènes…

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Les arènes de bois, de forme circulaire vont subsister jusqu'au milieu du XXe siècle. La nécessité de trouver un emplacement plus adapté pour les joueurs de pelote qui pratiquent depuis le XIXe siècle sur un fronton situé en pleine ville à l'emplacement même des halles, va conduire la municipalité, alors sous la férule de Pierre Labat, à envisager un complexe en dur sur l'emplacement de ces arènes.

C'est ainsi que voit le jour, inauguré le 5 juin 1949, le bâtiment dit "Fronton". En effet, il comprend un vaste fronton dans sa partie nord alors que la partie sud est agencée de telle façon que dix stalles, destinées à recevoir des vaches lors des courses landaises, sont bâties sous une tribune en gradins.

L'ensemble est encadré de larges gradins auxquels le public accède par quatre volées d'escaliers placées à chacun des angles.

Une séparation du vaste enclos ainsi défini permet de dédier altenativement cet espace à l'une ou l'autre de ces activités sportives tout au long de la saison. Et dans un temps très rapproché pendant les fêtes de Peyrehorade notamment.

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Mais ce "Fronton"-arènes ne verra pas le XXIe siècle. Réaménagé et couvert après avoir été amputé de la partie sud dédiée à la couse landaise, le fronton est remplacé par un nouveau mur construit en 1991 à l'extrémité est de la place du Sablot. La nouvelle structure est devenue la Salle d'Aspremont permettant, certes de recevoir des manifestations plus calmes même en hiver, mais reléguant les courses landaises à un statut à nouveau très éphémère…

Ce que d'aucuns regrettent avec nostalgie.

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ur le coteau de Bénaruc - coteau grisâtre, tout crevassé par des carrières de sable rouge pareilles à des plaies - les petits chênes blancs qu’on appelle tauzins en Gascogne, semblaient se tordre comme des sarments au soleil implacable de juillet. Quelques douzaines de pins chétifs, semés là par le vent qui souffle de la lande, avaient l’air de crier par toutes leurs cigales, et le coq d’un clocher noir traversé par son paratonnerre, paraissait tourner dans l’air brûlant comme sur un vague tournebroche.
Par les sentiers abrupts qui grimpaient sur le coteau, des laboureurs endimanchés montaient, lentement, en bras de chemise.

C’était la fête de Bénaruc et là-haut, devant le clocher noir au coq de fer, la traditionnelle course de taureaux devait avoir lieu à trois heures de relevée, comme disaient les affiches. La plupart des communes de Gascogne se paient ces réjouissances une fois par an. Les frais sont du reste minimes. Les charpentiers de la commune érigent sur la place de l’église, quelques pieux verticaux qu’ils surmontent de planches horizontales ce qui constitue les amphithéâtres ; les vaches les moins dociles de la localité sont prêtées gratuitement par les colons, ce qui constitue les taureaux ; et les laboureurs les plus dégourdis vont exciter ces bêtes, en gesticulant, puis ils font des écarts plus ou moins savants quand l’animal fond sur eux. De là, le nom  d’écarteurs donné aux champions des courses landaises. D’ailleurs, comme le bétail ainsi recruté n’est pas toujours très redoutable, on a soin d’arracher l’herbe sur les arènes, pour ne point voir ce spectacle déshonorant et pas très rare, d’un taureau distrait se mettant placidement à paître.

Ils entendaient sa voix très douce…

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Sur la place de Bénaruc, le monde fourmillait. Les gradins étaient envahis par la foule tapageuse et même sous la tente de la municipalité, où une toile grise, horizontalement tendue, empêchait le soleil de taper sur deux chaises de velours, M. le docteur Brana, maire de Bénaruc, et sa jeune femme venaient de faire leur entrée : lui, grave et tout vêtu de noir ; elle souriante et couverte de satin vert. Et quand celle-ci apparut, les spectateurs dont les yeux ne pouvaient guère s’ouvrir à cause du soleil, écartèrent les paupières de toutes leurs forces, pour voir cette resplendissante et belle personne qui avait nom Madame la Mairesse, et dont la vision était douce aux prunelles des paysans comme une grand fleur rose au milieu d’une prairie.
Car elle était toute jolie et toute gracieuse, madame Brana. Elle avait vingt-cinq ans et était blonde, ce qui lui donnait une beauté de plus en ce pays brûlé par le soleil. Les mendiants aimaient se présenter à son seuil, avec l’espérance de la voir un peu en recevant le lourd morceau de pain qu’elle leur faisait donner toujours ; et les vieux laboureurs affirmaient qu’ils se sentaient moins las, le soir, quand ils rencontraient sur une route du pays et qu’ils entendaient sa voix très douce leur dire : “Bonne nuit !”
Madame Bran n’était pas née à Bénaruc. Elle provenait de Hastingues, un village lointain, situé de l’autre côté du Gave. Là-bas, elle s’était appelée Laurine Tauziet, jusqu’au jour où le docteur Brana l’avait conduite à l’autel. Sans doute, elle n’avait pas eu une forte dot, mademoiselle Laurine ; mais comme elle était jolie, avenante, serviable, les gens de Bénaruc lui pardonnaient volontiers.

Le cheveu noir d’un Cafre…

Son mari, le docteur Brana était un de ces taciturnes du Midi, qui, lorsqu’ils s’en mêlent, enfoncent comme apathie et comme flegme, les bourgeois les plus calmes du Nord. Il ne parlait presque jamais ; il remuait le moins possible ; il employait dix secondes à ôter son chapeau. Avec cela, il possédait un teint mat de Castillan exalté et des cheveux noirs comme ceux d’un Cafre. Mais on l’adorait à Bénaruc, pour son désintéressement à soigner les malades pauvres, et quand il ouvrait la bouche, tout le monde, même sa femme, écoutait ses conseils comme des paroles de Dieu.

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À côté de M. et madame Brana, se tenait une dame élégante, venue de la ville, parente du docteur. Et madame Brana, dont les lèvres fines avaient toujours besoin de parler, expliquait à cette invitée, comme quoi, l’on décernait deux prix chaque année, aux courses de Bénaruc. Premier prix : vingt francs dans une bourse de soie offerte par M. le Maire ; second prix : un bouquet de fleurs offert par madame la Mairesse. Et elle avouait, avec des rires enfantins, mal étouffés sous sa voilette, qu’il y avait peut-être autant d’amateurs pour le second prix que pour le premier.

Les écarteurs arrivaient…

Mais soudain, une musique lointaine s’éleva et tous les assistants tournèrent la tête dans la même direction. “Les voilà ! les voilà !” cria-t-on de toutes parts. Et un silence respectueux s’établit.
Au son d’un pas redoublé, les écarteurs arrivaient, précédés d’un haut drapeau tricolore. Ils avaient longé la rue Gambetta de l’endroit, fait le tour de la place Thiers, puis, soulevant un nuage de poussière avec leurs espadrilles blanches aux rubans rouges enroulés sur les chevilles, ils entrèrent dans les arènes, tandis que la fanfare lançait le profond tutti de ses basses.

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Le cortège défila défila devant la loge  du conseil municipal, suivant l’usage consacré, et chacun des écarteurs salua. Ils étaient nombreux, les écarteurs. Il y en avait  de grands et de petits, de jeunes et de vieux. Certains étaient fils ou neveux de conseillers, de sorte qu’une familiarité un peu déconcertante présidait aux saluts de ces jeunes gens. L’un deux fit un saut périlleux pour honorer monsieur le Maire ; un autre se mit à marcher sur les mains et défila, les jambes en l’air, devant les édiles de Bénaruc ; la plupart, gagnés par la contagion, y allèrent aussi de leurs hommages chorégraphiques, en passant devant madame la Mairesse ; un seul, un tout petit bonhomme d’écarteur inconnu, ne fit rien du tout. Quand il fut devant la jolie madame Brana, il rougit seulement comme une orange, sous le vaste béret noir qui l’abritait.

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En voilà un impoli !” cria une personne scandalisée. Et l’invitée de Madame Brana demande à celle-ci : “Comment se nomme ce garçon ?
- Je ne sais pas, répondit Laurine, il n’est pas d’ici.
Puis, tout à coup, ayant examiné le petit écarteur :
- Mais c’est Yantot ! s’exclama-t-elle ; Yantot, un pays ! un jeune homme de Hastingues !”
Et, dans la joie de retrouver un compatriote, elle lui dit, sans façons, en se penchant un peu vers le petit écarteur : “Boun bespe, Yantot ! Et ba plan ? (Bonne vêpres, Jeanot ! Allez-vous bien ?)
- Bonjour madame ! répondit le bout d’homme.
Et tout heureux de s’entendre saluer par sa jolie payse, il essaya de faire un saut périlleux, lui aussi. Mais devant lui, un vieil écarteur obèse prenait toute la place ! Et Yantot dut s’éloigner en se sentant rougir de plus belle, sous son vaste béret noir, à la mode de Hastingues.

Comme des vols rapides de papillons…

Oui, certes, madame Brana, née Laurine Tauziet, connaissait bien Jean Camiade, dit Yantot à cause de sa petite taille. Ce jeune paysan avait été son ami, jadis, au beau temps du catéchisme et des courses dominicales à travers bois…

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Et, tandis que la fanfare de Bénaruc s’installait sur son estrade, que les écarteurs se débandaient, et que s’ouvrait la loge d’une vache pour la première course, la jeune femme parut un instant rêveuse, avec de douces prunelles moites, où semblaient se réfléchir, fugaces et multicolores, comme des vols rapides de papillons, tous les jolis  souvenirs du passé !
Yantot avait été bien bon pour elle. Quel brave petit camarade ! Ils avaient été voisins à Hastingues. Les terres de leurs parents se touchaient. Il ne se passait guère de jour où ils ne se rencontrassent, sur une route ou dans un coin de champ. Comme ils s’étaient amusés ensemble ! Dans ce temps-là, c’était précisément le jeu des courses qui les passionnait le plus, le jeu des courses landaises que pratiquent tous les gamins du pays. Ils s’en allaient dans la lande couverte de bruyères. Lui faisait l’écarteur, naturellement ; elle, faisait le taureau. Pour la circonstance, lui s’appellerait Daverat, comme le fameux sauteur qui se couvrait de gloire à cette époque dans toutes les fêtes de la région. Elle s’appelait Tonnerre, comme le bœuf mémorable et redouté qui défonçait le plus de côtes dans ces réjouissances populaires. “Hop ! hop ! Tonnerre !” criait-il. Et Tonnerre fondait, toutes ses jupes relevées par le vent. Et Daverat était parfois effleuré par les cheveux blonds de Laurine, ce qui constituait un coup de corne mortel. Alors Yantot-Daverat s’affaissait, tandis que Laurine-Tonnerre, qui changeait instantanément sa qualité de bœuf pour celle de médecin, pansait bien vire l’écarteur, en appliquant sur la blessure imaginaire une poignée de bruyères roses… L’heureux temps !

Un paysan timide et gauche portant béret…

À cet âge, ils étaient également riches. Ils avaient les mêmes manières et les mêmes goûts. Mais le père de Yantot, un laboureur fruste et avare, n’envoya pas son fils au collège ; tandis que la mère de Laurine, une paysanne coquette et ambitieuse, tint à faire passer sa fille par le couvent. Laurine était donc devenue une belle demoiselle portant chapeau à plumes et parlant le français ; cependant que Yantot était resté un paysan timide et gauche, portant béret et parlant le gascon. Et un beau jour, le docteur Brana, riche et honoré, avait demandé la main de mademoiselle Tauziet. Jean Camiade était au régiment, alors. Son père, dans une courte lettre, écrite un dimanche à la lueur de la résine, lui avait annoncé cela entre deux phrases roulant sur la dernière récolte et sur les prochaines semailles…

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Si Yantot fut bien peiné, là-bas à Bayonne, où il servait dans un bataillon de chasseurs à pied, personne ne put le savoir, car le petit paysan n’était guère expansif ; il ne parlait jamais de Laurine à ses pays. Et laurine elle-même n’aurait pu avoir une idée bien nette à ce propos ; car, si Yantot l’avait regardée jadis avec des yeux bien doux et des sourires bienheureux, jamais ses lèvres ne lui avaient adressé de paroles d’amour.
Quand le soldat revint à Hastingues, le mariage était célébré. Laurine n’habitait plus la commune et Yantot trouva son pays un peu triste. Les années passèrent. Il ne vit plus jamais Laurine. Madame Brana, heureuse et adorée à Bénaruc, ne revint guère à hastingues ; d’ailleurs, elle ne pensait plus du tout à Yantot, sans doute. Peut-être avait-elle déjà oublié son nom. D’un autre côté, Bénaruc était bien loin. Yantot n’avait pas l’occasion de se rendre dans ce pays.
Un jour, il lut dans un journal de la contrée, que Bénaruc allait donner des courses de taureaux pour sa fête patronale, et il apprit que madame Brana offrirait un bouquet de fleurs à l’écarteur qui obtiendrait de second prix.

D'énormes sauts verticaux…

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À partir de ce moment, l’ancien ami de Laurine n’eut plus qu’une pensée : piocher sérieusement le métier d’écarteur, afin de prendre part aux courses de Bénaruc.
Dès le jour suivant, dans la vieille lande où semblaient encore fleurir les bruyères d’autrefois, il fit seul de grands bonds et d’adroites feintes pour échapper à un taureau imaginaire qui était censé fondre sur lui. “Hop ! hop !” criait-il, comme dans son enfance, en levant les bras et en faisant claquer son pouce sur son index pour exciter la bête fictive ; puis, brusquement, il sautait en l’air et croyait entendre autour de lui, des musiques triomphales au milieu desquelles crépitaient des applaudissements.

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Il s’estima vite très fort. Les pieds immobilisés dans son béret - ce qui constitue le grand chic des écarteurs - il fit d’énormes sauts verticaux, aussi hauts qu’un dos de vache, assurément. Et certes madame Brana serait obligée de lui donner son bouquet de fleurs, là-bas, à Bénaruc, en présence de mille spectateurs enthousiasmés.
Yantot tremblait de plaisir à cette perspective. Il rougissait à l’avance, sous son large béret noir. Quand la fête approcha, il acheta des espadrilles éclatantes, choisit une ceinture rouge et se fit confectionner un veston court, afin de passer pour un écarteur sérieux. Ensuite, il s’achemina vers Bénaruc, marcha toute la nuit, se reposa dans la matinée sous une meule de paille, puis, arrivé au sommet du coteau et voyant la musique passer dans la bourgade, il s’était mis crânement sur le rang des écarteurs.

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Tandis que ces souvenirs rôdaient dans les cerveaux de Laurine et de Yantot, la course landaise avait commencé. mais rien de palpitant ne s’était produit encore. On avait vu deux vaches indolentes trottiner sur la place, avec une longue corde au cou, et des paysans courir devant, en poussant des cris inutiles.
L’écarteur obèse qui s’appelait Omer et qui avait eu son heure de célébrité jadis aux courses de Dax, se réservait. Yantot ébloui par la toilette de madame Brana, n’osait ouvrir les yeux et se réfugiait dans les coins. Les spectateurs échauffés et rouges, semblaient fondre sous leurs bérets de laine ou sous leurs foulards ; et le soleil, toujours haut dans l’azur, mordait les gens à la nuque, comme une bête tenace.

Ce n'était plus un rêve…

Mais un petit taureau, plus fougueux que ses devanciers, ayant été lâché sur la place, la plupart des amateurs s’éloignèrent et Omer daigna commencer son travail. Il fut brillant et les cuivres mugirent en son honneur.
Alors Yantot, stimulé, opéra également ses débuts. Il s’avança, frémit un peu, fit face à l’animal, l’excita, le vite venir et l’évita en pirouettant de façon assez maladroite, ce qui lui valut une bordée d’injures : “Hou ! hou ! Yantot !… Prends garde, Yantot !… Tu vas te déchirer la veste, Yantot !…

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Tout le monde savait déjà son nom. Depuis que madame Brana l’avait salué, on parlait de lui dans les gradins et le dernier des spectateurs savait qu’il était de Hastingues.
Yantot fut froissé. Furieusement, il jeta son béret par terre, mit ses pieds dedans et appela le taureau. La bête se précipita, le paysan l’attendit, immobile; les poings serrés, les yeux hagards. Et quand, les cornes basses, la queue en spirale et le souffle irrité, elle fut à trois pas de lui, Yantot fit jouer les muscles de ses jambes comme deux ressorts et exécuta un saut vertical. Le taureau passa dessous sans l’atteindre. Et de longs cris enthousiastes retentirent.

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Bravo, Yantot ! Bravo, amic !” clamèrent toutes les bouches. Et madame Brana agita frénétiquement son éventail, et monsieur Brana lui-même balança sa tête dans un signe d’approbation, et l la musique enfin lança, pour célébrer Yantot de Hastingues, le plus retentissant de ses morceaux. Ce n’était plus un rêve ; ce n’était plus sur la lande de là-bas ! C’était à Bénaruc sous les propres yeux de Laurine, qui le regardaient et l’admiraient ! Et, affolé par son triomphe, Yantot se remit à sauter, à sauter sans mesure. Il sauta sur le taureau, puis sur la vache qui vint ensuite, et sur le bœuf qui la remplaça ; il sauta infatigablement, de plus en plus leste et applaudi. Il aurait sauté par-dessus les écarteurs eux-mêmes. Et soudain, madame Brana lui dit : “Bravo, Daverat !” Et le petit paysan l’entendit qui lui demandait : “Vous souvenez-vous de Tonnerre, Yantot ?
Tonnerre, le nom que Laurine prenait autrefois pour jouer à la course avec lui !… Ah ! s’il s’en souvenait ! S’il s’en souvenait, des cheveux blonds qui l’effleuraient au passage, et des blessures imaginaires, et des poignées de bruyère roses !
Oh ! Laurine !” balbutia-t-il dans  une explosion de souriante tristesse.

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Mais cent cris partirent.
Prenez garde, Yantot !
Une vache fonçait sur lui. Le petit écarteur se retourna. Il vit l’animal. Il se plaça pour sauter. Trop tard. Les cornes l’atteignirent au côté et il culbuta.
Sur les gradins, tous les spectateurs se levèrent ; dans les arènes, tous les écarteurs gesticulèrent. La vache roulait Yantot avec ses cornes, furieusement, et le petit paysan criait, la bouche et les yeux pleins de poussière, en se sentant transpercé.
Quand l’homme chargé de tenir la corde eut maîtrisé l’animal, Yantot ne bougea plus et, sous lui, le sable se teignit de rose.

Quand les reverrait-il, les doux cheveux blonds…

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Le lendemain, un char de labour attelé de deux bœufs s’arrêta devant la maison du docteur Brana. C’était le char de Yantot, venu à Bénaruc pour rapporter son maître à Hastingues. Aussitôt après l’accident, le maire avait fait prévenir les parents de l’écarteur. Yantot avait été blessé assez sérieusement. M. Brana avait tenu à le garder chez lui durant la nuit. Une fois ou deux, pendant qu'il le pansait, il l'avait entendu délirer. Que dit alors Yantot ? Peut-être, sans le savoir, parlait-il de l’ancien temps, de Tonnerre, des cheveux blonds ?…
Quand on l’eut hissé sur le char, Laurine s’approcha. “Vous savez, Yantot, dit-elle en lui remettant une bourse de soie, c’est vous qui avez obtenu le premier prix aux courses !…”

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Le blessé la regarda de ses prunelles tristes et ne dit rien. Mais alors, Laurine pâlit un peu. Elle dut comprendre tout à coup une foule de choses, jadis obscures pour elle. Doucement, elle se baissa, cueillit sur le sol une bruyère rose semblable à celles qui poussaient là-bas, et la mit à côté de la bourse. Et, sans doute, Yantot fut bien heureux. Le bœufs s’impatientaient. Il fallait partir. Yantot considéra Laurine avec des prunelles graves et sa poitrine parut haleter. Quand les reverrait-il, les doux cheveux blonds ? Laurine regarda son mari et les yeux interrogateurs semblèrent lui demander : “Va-t-il guérir vite au moins ?” Alors, le bon docteur trembla légèrement, examina le visage éperdu du blessé, fit quelques pas pour s’éloigner, puis dit très bas à sa femme, avec sa voix douce, lente, souveraine, qui vibra d’une pitié inexprimable :
“Allez embrasser ce garçon, mon amie.”

 

Les illustrations de ce texte sont d'Albert LYNCH (dessins, 1890) et tirées de diverses scènes ayant illustré des cartes postales au fil du XXe siècle.

 

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Deux textes de Joseph de Pesquidoux et Pierre Aymard 1925

Ces deux textes, "Les courses landaises à Paris" de Joseph de Pesquidoux et "Les jeux de la course landaise", de Pierre Aymard, ont été publiés dans le numéro 4288 de "L'Illustration" du 9 mai 1925. Nous vous proposons ci-dessous une reproduction de ce pages que vous pouvez télécharger juste au dessous.

Illustration1925.pdf
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Des Sites à découvrir…

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Le site IMAGES DE LA COURSE LANDAISE ANCIENNE, est sans conteste, une mine d'informations très détaillées sur l'histoire et les acteurs de la course landaise.

François, s'appuyant sur la "bible" que représente en la matière le Dictionnaire historique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Éditions Gascogne, 2008) et en quête permanente des informations qui sommeillent dans les tiroirs, a constitué ici un rendez-vous incontournable pour tous ceux qui s'intéressent à la Course dans ses mille facettes.

Cliquez sur l'image pour y accéder.

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Si l'on en croit Michel AGRUNA :

"Les ouvrages sur la Course landaise ne sont pas très nombreux. Écrire sur un sujet aussi terrible, réservé à une élite d'aficionados confinés en Gascogne, au jugement souvent excessif, n'est pas chose facile. Un tel dictionnaire ayant nécessité une dizaine d'années de recherches minutieuses, ressemble alors à un écart intérieur à la plus redoutable de nos vaches landaises. Gérard Laborde a réussi cet exploit !"

Le site de la FÉDÉRATION FRANÇAISE DE LA COURSE LANDAISE vous permettra de connaître toute l'actualité et le calendrier des manifestations dans notre région, les résultats  obtenus par les acteurs de la Course à titre individuel ou collectif et aussi de faire connaissance avec les ganaderias et les écarteurs.

 

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N'allez pas penser que Guillaume CINGAL nous fait son air vache. Il ne faut y voir que le côté passionnel qui préside à la réalisation des photos qu'il collectionne d'arène en arène pour suivre les évolutions de nos coursières et les exploits des coursayres. De belles images que vous retrouvez sur sa galerie.

 

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Commentaires : 1
  • #1

    labat (mercredi, 23 avril 2014 19:27)

    merci de faire passer se commentaire qui remémore se qui été les courses de vache .du moins que moi j'ai connu .et y avoir un peut participer il y a 40 ans et chez qui labat a bugloze