Introduction Historique (2)
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De la fin du servage au suffrage universel
La ville marchande de Peyrehorade atteint l'apogée de sa population vers 1440, avant la conquête française. La société, dès le XIIe siècle semble-t-il, est composée non de classes étanches mais
de catégories d'activités. Le servage a très tôt cessé d'exister. Il y a une classe nobiliaire, composée de l'ensemble des hommes d'armes non pourvus de fiefs et du groupe des seigneurs
vassaux principalement détenteurs de "caveries". Devient "homme noble" celui qui accepte de
faire le service militaire du vicomte. Dès le XIVe siècle, des roturiers deviennent nobles en achetant des fiefs tombés et en exerçant les devoirs de vassal. Le habitants du pays, chevaliers,
seigneurs, clercs, bourgeois (marchands), juristes, et l'ensemble des "vesins" d'Orthe sont représentés à la Cour Générale, véritable
assemblée nationale. Les procureurs et syndics sont élus chaque année au suffrage universel. Toutefois, le suzerain, assisté d'un conseil (de 33 personnes en 1391) choisi à sa discrétion, garde
la direction de la politique générale.
Un carrefour déterminant
Autre caractère déterminant la fortune du pays durant le Moyen Âge, sa situation de grand carrefour. La voie commerciale venant du bassin méditerrannéen, via Narbone et le piémont pyrénéen, pour
alimenter Bayonne, porte des Îles britanniques et de l'Europe du nord, aboutissait à Peyrehorade. Dans l'axe Nord-Sud, le Pays d'orthe est traversé par l'antique voie Bordeaux-Pampelune, celle
même qu'avait emprunté Charlemagne. Là passe également l'un des quatre chemins officiels du pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle. Près de Peyrehorade s'effectuait le délicat passage des
rivières. Cela explique comment trois abbayes ont pu vivre dans un voisinage si restreint. Peyrehorade possèdait de plus un collège de chanoines.
Un vaste territoire
Le seul territoire de la vicomté comptait cinq prieurés monastiques, quatre autres étant situés à la périphérie immédiate. Enfin, pour comprendre la prospérité du pays d'Orthe il ne faut pas négliger le fait que les vicomtes d'Orthe dominaient, outre le pays lui-même, un ensemble de possessions groupées. Le territoire qu'ils contrôlent à l'apogée de leur puissance couvre environ 1200 kilomètres carrés. Faisant face au Labourd, au Royaume de Navarre et au Béarn, cette zone d'influence était limitée par l'Océan et s'appuyait au nord, au territoire de la cité de Dax, à la terre d'Albret et au désert landais.
À nouveau des Temps troublés
La domination française ne marquera peut-être pas à vrai dire un déclin, mais il est évident que, dans un premier temps tout au moins, le roi de France n'aura pas de raison de favoriser
particulièrement celui qui fut le dernier allié du roi d'Angleterre, Henri VI.
Les vicomtes auront, par la suite, l'occasion de témoigner leur loyauté aux rois de France, quand les temps troublés seront revenus. Voisins du Béarn, ils seront en première ligne du combat contre les protestants qui saccagèrent leurs terres. Adrien d'Aspremont, gouverneur de Bayonne, ne défendra pas seulement ses biens mais la couronne chancelante des Valois.
Comme partout, la politique centraliste de Louis XIV videra peu à peu de leur substance les institutions locales. Peu courtisans, bien que reçus à la Cour avec les honneurs dus aux tenants, de plus en plus rares, des anciens "fiefs d'honneur et de dignité", les membres de la famille d'Aspremont occuperont des fonctions de commandement militaires ou diplomatiques. Toutefois, ils n'accepteront que très difficilement l'empiètement progressif du pouvoir royal sur leurs droits et devoirs ancestraux.
Le Retour en Grâce
En novembre 1613, à la suite d'un différend avec son cousin Antonin de Gramont qui lui reprochait violemment d'avoir tenté d'apaiser sa querelle armée avec le Maréchal de La Force, Jean d'Aspremont leva des troupes et se mit en état de défense. Cette drôle de guerre se poursuivit un an durant. Le pouvoir royal était alors encore bien incapable de'interdire de semblables initiatives des grands seigneurs. Au contraire, en 1618, la régente Marie de Médicis remercia le vicomte d'Orthe d'avoir "rétabli l'harmonie" dans la province, lui octroyant la charge de " gentilhomme ordinaire de la chambre du roi ", honneur qu'avaient d'ailleurs aussi reçu ses prédecesseurs. En 1654, Louis XIV confirma les privilèges des habitants d'Orthe en reconnaissance de la fidélité du vicomte pendant la Fronde.
Le seigneur et les habitants d'Orthe avaient la charge de défendre Bayonne "jusqu'au nombre de trois cents hommes armés des meilleurs et des plus aguerris." Cela représentait, au milieu du XVIIe siècle, la moitié des troupes de la vicomté.
Au XVIIIe siècle, la vicomté d'Orthe possèdera deux régiments dont l'un n'est rien d'autre que les traditionnelles milices du pays. Le second régiment est composé d'engagés volontaires sous contrat, de soldats de métier.
En 1737 encore, voulant prévenir un débarquement anglais, le futur Antoine III d'Aspremont qui commandait ce régiment pour son père, lèvera les cinq cents hommes des milices orthoises, au grand scandale de l'intendant d'Etigny qui voyait dans cette prétention, une atteinte à la souveraineté royale.
De la Gloire au déclin
Il faut évoquer pour finir, le corps d'élite des deux ou trois cents arbalétriers montés qui faisaient au Moyen-Âge la réputation des vicomte d'Orthe. Ces mercenaire aguerris, entretenus par les
Aspremont, étaient chèrement loués. En 1285, le roi d'Aragon utilisa ce corps redoutable dans son expédition en Sicile. L'année suivante, le roi d'Angleterre le réclame à son tour. Il parut
ensuite en Écosse, en 1322, puis sur les champs de batailles de la Guerre de Cent Ans.
Les arbalétriers montés étaient alors commandés par son frère, Johan d'Aspremont, l'un des chevaliers du Combat des Trente, le 26 mars 1351, sous le nom de Raoulet d'Aspremont.
Mais le Pays d'Orthe a perdu son importance stratégique, une partie de sa richesse commerciale. Le XVIIIe siècle voit peu à peu sa démographie se réduire. Elle atteindra sa plus basse cote entre 1760 et 1830. Nous sommes dès lors, à l'aube des temps modernes. Un des derniers épisodes de l'épopée impériale se déroula dans la plaine des gaves, d'Hastingues à Orthez. C'est là peut-être la dernière page d'histoire vécue en pays d'Orthe.
D'après des textes de Richard Bavoillot-Laussade
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